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Kwibuka 27 : Les années avancent, la justice tarde

27 ans après le génocide perpétré contre lesTutsi au Rwanda, sur les 1146 génocidaires présumés signalés à l’étranger, seuls 23 ont été jugés sur place et 23 ont été extradés vers le pays. Face à cette traque tardive, le parquet rwandais appelle la communauté internationale à multiplier les efforts dans la poursuite de ces présumés avant que les témoins, les victimes,  ou même les génocidaires présumés ne meurent pas. 

C’est en 1994 que le génocide contre les Tutsis a eu lieu au Rwanda. Certains des auteurs ont été punis et d’autres soupçonnés d’être parmi les principaux coupables du génocide sont toujours en liberté à l’étranger. Alors que le Rwanda annonce que sur les 1146 mandats d’arrêt qu’il a émis dans 33 pays, seuls 46 semblent être valorisés, personne ne manquera de s’inquiéter que les autres seront jugés après la mort des victimes ou qu’eux-mêmes mourront sans être jugés.

Pourquoi ce trainaille ?

La première chose à noter est que la poursuite des crimes de génocide a commencé par plusieurs défis parce que les lois nationales présentaient des lacunes à cet égard.

Désormais que l’affaire se règle petit à petit, Jean Bosco Siboyintore, chef de l’unité du parquet rwandais chargée de poursuivre les Rwandais à l’étranger soupçonnés de génocide contre les Tutsis, dit que l’équipe de recherche doit surmonter de grandes difficultés. « Les stratégies adoptées par les fugitifs pour se soustraire à la justice consistent non seulement à changer d’identité, mais également à se déplacer constamment sur un vaste territoire », indique-t-il sur les ondes de Radio Flash FM, lundi le 5 Avril 2021.

Selon lui, ceux qui sont en fuite se cachent çà et là, s’ils passent la nuit ici aujourd’hui, demain ils la passeront ailleurs, ce qui veut dire que lorsque les mandats d’arrêt arriveront, on découvre qu’ils ne sont plus là.

D’autres changent de nom de temps en temps pour en découvrir un qui prenait le nom de son frère décédé avant le génocide. « Il y a ceux qui communiquent leur propre mort et en complicité avec leurs familles organisent des funérailles fictives, voulant que leurs dossiers soient classés », révèle Jean Bosco.

Certains fugitifs ont obtenu le statut de réfugié et d’autres ont obtenu la nationalité dans les pays où ils vivent actuellement, ce qui obstrue leur poursuite.

Cependant, Siboyintore souligne que bien que le nombre des cas traités, 46 sur 1146, soit une goutte dans l’océan, cela donne l’espoir que la communauté internationale prend de plus en plus conscience de la gravité du crime de génocide.

Il se réjouit qu’au cours des dix dernières années, il y ait eu une volonté et une coopération, en particulier avec les pays européens, de la manière que si le covid-19 n’avait pas été interposé, il y aurait eu plus d’arrestations et d’affaires en justice.

Jusqu’à ce jour, plus de 650 personnes des 1146 suspectés de génocide en fuite à l’étranger se trouveraient dans deux pays limitrophes du Rwanda, à savoir l’Ouganda et la RDC, alors que sur le continent européen, la plupart se trouve en France (47 dont trois seulement ont été jugés). La Belgique en compte 40 mais 9 d’entre eux 9 ont déjà été traduits en justice.

Il y a de l’espoir

Siboyintore souligne que Covid-19 a entravé leurs poursuites parce que le parquet avait déjà prévu de se rendre dans les pays africains pour fournir de plus amples informations sur ceux qui sont recherchés et des informations précises sur la justice au Rwanda, car certains prétendent qu’ils n’obtiennent pas justice lorsqu’ils sont amenés au Rwanda.

En outre, le bureau du procureur de Kigali intensifie sa coopération avec les organes de poursuite dans d’autres pays. En 2020, il a organisé un atelier d’échange avec les procureurs de trente pays africains.

La coopération avec le RIB, le Parlement et le ministère des affaires étrangères donne aussi de l’espoir aussi bien que la coopération avec la police internationale.

Il reste à mettre plus de poids sur les cas des fugitifs qui ont obtenu des statuts de réfugiés ou des nationalités. Pour eux, le chef de l’unité spéciale du parquet rwandais chargée de poursuivre les Rwandais à l’étranger soupçonnés de génocide contre les Tutsis appelle aux pays hôtes de leur enlever ces boucliers ou de les juger chez eux à l’instar de la Suède qui a condamné le génocidaire Théodore Rukeratabaro à la réclusion à vie.

« La victime peut vieillir ou mourir sans justice après avoir donné des preuves qui étaient inutiles car le présumé n’a pas été poursuivi à temps. Et quand il est arrêté après la mort de la victime, les preuves peuvent ne plus avoir le même poids », craint un rescapé du génocide sous couvert d’anonymat.

Le Rwanda appelle régulièrement les pays étrangers à traquer et juger plus efficacement ces présumés responsables du génocide en fuite.

En Janvier 2019, Jean Bosco Siboyintore indiquait que de 980 cas signalés dans 30 pays, seuls 22 génocidaires avaient été jugés à l’étranger et 19 avaient été extradés au Rwanda. Pour les jugements, il se souvenait que la Belgique avait traité huit cas, la Suède en avait traité trois. D’autres pays étaient la Hollande (2), la France (3), Canada (2) sans oublier la Finlande, la Norvège, l’Allemagne et la Suisse qui en avait traité un, chacun.

Telesphore KABERUKA

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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