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Sans justice, la réconciliation n’est pas durable

Les rescapés du génocide  de Kabarondo à l’Est du Rwanda, ont du mal à croire en la réconciliation durable,  après avoir eu la justice non complète : sans réparation matérielle de leurs biens endommagés en 1994. Pour eux, ceux de Mururu au Sud-Ouest, et même ceux de Nyamirambo à Kigali ; la réconciliation est forcée.

Les trois communautés ont un trait commun : composées de veuves et orphelins sans logis, ni revenu ou autre soutien, victimes de génocide, mais dont les criminels ont été jugées à l’étranger ; cette fois-ci sous leur connaissance à jour à travers la presse nationale.

« La réconciliation est la, mais trompeuse. Leurs familles se jouissent de leurs biens, alors qu’ils ont endommagé et détruit les nôtres. On n’est sur du lendemain, l’harmonie est par peur de l’Etat, simple clin d’œil, l’innommable serait de retour ici à Rumira », déclare MJS, rescapé de Kabarondo.

Ici il fait allusion aux familles de Tite Barahira et Octavien Ngenzi, jugés en France en 2017, mais dont on attend la réparation matérielle, en vain.

Laurent Ndagimana, est président d’Ibuka Rusizi. Pour lui, au moins une réparation même symbolique faciliterait la vraie reconciliation. Il évoque le procès de Theodore Rukeratabaro, jugé en Suède en 2019. Il dit, « On nous que Rukeratabaro est indigent, mais toute sa famille est ici, avec de grandes fortunes. Ils pourraient faire une réparation, même symbolique, pour montrer au monde entier sa responsabilité dans le génocide. Et cela serait la base de la réconciliation parfaite, avec la mise en place du fond de réparation ».

En bas du Tapis Rouge à Nyamirambo, habitent les familles dont les biens ont été endommagés par Fabien Neretse, jugé en Belgique fin 2019. Pour certains rescapés, Fabien Neretse n’est pas capable de verser plus de trois cent millions pour réparation, il n’y a pas d’espoir. Ils interpellent  aussi la part des Etats. « Voyez, les biens de Neretse ont été bousillés, camphrés et détournés. Il ne peut pas trouver trois cent millions, mais j’ai une idée. Les Etats doivent payer pour lui : le Rwanda dont il fut fonctionnaire, la France qui l’a hébergé une vingtaine d’années, et la Belgique qui vient le juger. Ces trois Etats peuvent réparer nos biens ».

Ils attendent avec désespoir, vingt-six  ans après. Pour eux, après la justice, le versement de dommages et intérêts s’impose, mais les coupables ne s’acquittent pas de cette dette.

Les articles 27 à 32 de la loi n° 08/96 du 30 juin 1996 sur le génocide stipulent que des victimes du génocide ont droit à la réparation, consistant en la restitution des biens pillés et/ou détruits et leurs dommages et intérêts.

Cela pour dire que “La réparation n’est pas une aumône, mais un droit. Ce n’est pas de la charité à quémander”, disait Alain Gauthier, président du CPCR (Collectif des parties civiles pour le Rwanda).

Quant à l’initiative des demandes de réparation, “c’est, selon lui, au Rwanda de demander aux Nations unies la mise sur pied de ce fonds de réparation. Ce devoir repose sur toutes les nations, le génocide étant un crime contre l’humanité”.

En lieu et place de réparation, l’État rwandais a mis sur pied un Fonds d’Assistance aux Rescapés du génocide (FARG) réservé aux “survivants les plus démunis” et alimenté par le budget ordinaire. Mais, ses moyens sont limités.

La pauvreté n’exonère pas le coupable, les victimes s’étonnent de ce que les coupables soient seulement condamnés sans payer la contre-valeur des biens pillés et/ou détruits, avec des intérêts qu’ils auraient générés jusqu’à aujourd’hui. Pour eux, la réparation dont on parle risque d’être plus théorique que pratique ; ainsi, non durable.

Jean Baptiste Omar Karegeya

 

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