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COVID-19 au Rwanda : Quelques femmes du secteur informel chômeuses mènent une vie misérable

Certaines femmes Rwandaises travaillant dans le secteur informel d’emploi avant la survenue du COVID-19, se retrouvent dans la prostitution ou mènent une vie misérable de toute sorte à cause du chômage.

Kigali, Rubavu, Musanze, même Muhanga et partout, le coronavirus a déstabilisé tout le monde mettant en question la survie des personnes qui dépendaient de leur salaire mensuel ou des bénéfices émanant de leur travail. La vie n’appartient plus aux femmes libres citadines comme avant. Ces filles domestiques, les serveuses des bars et restaurants et même ces femmes qu’on voyait traverser les frontières vers le Congo ou l’Ouganda dans les brouhahas, marchandises sur la tête ou sur le dos plongent dans la misère.

Business paralysé

Mukakimenyi Espérance, connue sous le nom de Mama Titi, est une femme qui avait un atelier de couture à Batsinda-Gasabo, faubourg de la ville de Kigali. Elle souffre des effets de la fermeture des frontières et de l’arrêt du commerce transfrontalier. Elle cousait les pagnes mais elle a dû fermer son atelier et quitter Kigali. La raison n’est autre que le chômage surprenant, comme la matière première venait de Goma. Depuis que la pandémie du covid-19 a éclaté au Rwanda au 14 mars 2020, elle a d’abord essayé de tenir un peu pendant quelques jours. Mais finalement, elle a été contrainte de faire le commerce ambulant et illicite dans la ville de Kigali « C’est très pénible pour moi qui n’avais jamais tenté ce genre de commerce, surtout les agents de sécurité nous chassent partout, mais le covid-19 m’y oblige ! », dit-elle.

Clémentine Umwiza, 26 ans, habite dans le centre de Mahoko, dans le secteur Kanama, district de Rubavu. Elle faisait du commerce transfrontalier, faisant des navettes Rubavu-Goma. Elle confie,  « les choses sont devenues difficiles depuis le  corona virus  est survenu au Rwanda. Lorsque le premier cas est apparu, ils nous ont dit d’arrêter le travail pendant le confinement. Après le confinement, ils nous ont donné trois mois pour voir si nous pouvions y retourner mais même après ces trois mois, nous n’avons pas recouvert nos emplois. » Elle ajoute aussi, « Je loue une maison et durant ces six derniers mois, j’ai dû implorer à son propriétaire de ne pas me jeter dehors. J’utilise le peu d’argent que j’avais économisé pour payer le loyer et pouvoir m’acheter de quoi manger et c’est trop difficile car il me reste peu d’argent et si les lieux d’emploi ne rouvrent pas, je ne sais pas ce qui va m’arriver. »

« Les marchandes devenues marchandises »

Au début de l’épidémie, certains employeurs ont essayé d’aider leurs employés, en particulier les femmes et les filles. Claver Niyomugabo avait un bar à Nyamirambo, il dit : « J’ai tout d’abord essayé d’aider mes travailleurs surtout les filles car les garçons se débrouillent mieux qu’elles, mais au fil des jours, j’ai perdu l’espoir que les choses ne reviennent à la normale. En conséquence, j’ai dû cesser cette bonne pratique, car pour moi aussi, les ressources devenaient de plus en plus limitées.

Clarisse Mukamana, native du secteur Shyogwe dans le district de Muhanga,  a décidé de rentrer chez elle dans son village natal dans la cellule de Mbare et de démarrer la vente de la Bière artisanale à domicile. Au début, elle était bénie, mais à mesure que les jours de la pandémie devenaient plus nombreux, son entreprise a commencé à s’effondrer. Qu’est-il arrivé ? Ses clients manquaient de pouvoir d’achat, certains se sont endettés et ont fini par ne pas payer. Mais elle devait vivre, elle-même et sa pauvre famille. Elle s’est finalement retrouvée parmi les personnes qui devaient transporter des briques par tête pour obtenir un petit rien d’argent. Un travail acharné pour elle, qui était assise dans un coin du bar, en cliquant sur l’écran de son smartphone, en attendant les clients.

« Avant la survenue de la pandémie de covid-19, j’étais une domestique à Gikondo, dans la ville de Kigali. Je gagnais vingt mille francs par mois, ce qui m’aidait à nourrir et payer les frais scolaires pour ma fille laissée auprès de mes parents. Mais depuis que le coronavirus a éclaté, le monde pour moi, s’est effondré. J’ai d’abord essayé de me prostituer, mais comme je n’y étais pas habituée j’ai échoué. Je ne pouvais pas supporter avoir des relations sexuelles avec plus d’une personne par jour. Ca me faisait mal. J’ai dû me retourner au village », a témoigné Clarisse Mukamana.

Cyiza Chantal (nom anonyme) a raconté comment l’épidémie de Covid -19 l’a amenée à se prostituer « Vous voyez, Covid-19 est venu tout d’un coup et nous sommes restés à la maison. Pour moi qui venais de passer deux ans à Kigali en travaillant dans les bars au compte de ma survie, comment allais-je donc combler ce vide ? Comment pourrais-je encore payer les frais de location et assurer ma survie ? J’ai dû donc faire le commerce de ce que je possède, mon sexe. »

” J’ai eu de la chance, j’ai trouvé un homme qui acceptait de payer la maison. L’homme ne pouvait pas donner ses 20 000 frw en vain en même temps. Quand il vient, je m’apprête et il fait ce qu’il veut”, a-t-elle poursuivi.

Quand à Clémentine Uwase (elle n’a pas voulu que son vrai nom soit révélé), qui était serveuse dans un bar dans la ville de Rubavu a déclaré : « la survenue de covid-19 nous a mis dans l’embarras! Comment payer la maison ? Comment nourrir mon enfant laissé aux parents ? Comment le faire soigner ? Vous comprenez donc le sort qui nous était réservé. Nous avons donc décidé de trouver des amis qui nous donnaient ce dont nous avions besoin et accepté nous aussi de subvenir à leurs besoins sexuels. Et je connais plusieurs filles qui faisaient le même travail qui ont maintenant décidé d’opter pour la prostitution à cause du manque de travail.

Uwamahoro Marine qui, aussi, était une serveuse à Rubavu n’a plus de travail depuis que la pandémie est arrivée au Rwanda. Elle témoigne, « je n’ai presque plus d’argent. Je n’ai pas pu payer mon loyer et maintenant je vis avec une copine qui a voulu m’aider. Je suis très désespérée car je ne fais plus rien pour moi-même et je dois conter sur les autres pour pouvoir survivre. Si je ne trouvais pas un emploi bientôt je ne saurais plus quoi faire ».

De nouvelles stratégies

Certaines prostituées ont choisi de délocaliser leurs opérations dans les zones rurales parce que la réglementation n’était pas stricte. Meme si elles ont décidé de trouver refuge dans les villages, mais là aussi, qui les regarde, ces femmes qui vivaient dans les villes rwandaises ? Dans ces milieux ruraux, des jeunes paysans ne leur achètent que deux ou trois bouteilles de bière locale en échange des relations sexuelles.

« Quelqu’un t’achète juste une bouteille de Primus, pas de la viande et a juste l’intention de devoir t’épouser toute la nuit ! Dans le village, rien ne va », ont dit séparément, Kamanyana et Uwantege toutes les deux prostituées interviewées respectivement dans les villes de Kigali et Musanze.

Cependant, une chance leur est possible : Appeler les hommes qu’elles ont connus à les rejoindre dans les villages. Mais, encore une fois, cela ne donne pas une garantie,  certains ne viennent pas. «  Comme nous ne sommes pas très connues, il n’y a pas de clientèle au village. Nous sommes donc obligés d’y intéresser nos vieux amis des villes, mais certains refusent de venir nous voir », a dit Nadine Uwase (nom anonyme pour intérêt social), ancienne fille libre dans la ville de Kigali retrouvée dans un petit centre de Vunga, dans le village de Muremberi, secteur Shyogwe, district de Muhanga.

Pour celles qui sont restées dans les villes les nouvelles stratégies, disent-elles, ont été adoptées. « Nous attendons les clients dans les heures tardives après l’heure de couvre-feu. Nous  ne prêtons attention qu’aux personnes en uniforme, nous nous cachons derrière un arbre, un mur ou une autre couverture,  nous guettons là où nous pouvons voir un homme traverser et le siffler. Ce jeu de cache- cache n’est pas facile, dans le passé, ils nous chassaient, mais maintenant nous sommes en danger ».

Uwimana Rose, résidente de la cellule Ruhengeri, Secteur Muhoza dans la ville de Musanze est une prostituée. Elle ne vivait que de cela. Mais pour le moment, les choses ont changé pour elle. Elle dit : « je dois m’occuper de mes deux enfants. Je dois les nourrir et pourvoir pour d’autre besoins pour eux et c’est très difficile pour quelqu’un comme moi dont le travail a été dérangé par le covid-19. Même avant la pandémie, je devais travailler dur, c’est-à-dire accueillir trois à dix hommes par jour pour que mes enfants puissent aller à l’école et avoir tout ce dont ils avaient besoin. Mais pour le moment, les choses ont changé, il n’y a plus assez de clients comment avant, et le pouvoir d’achat a chuté. Celui qui me donnait cinq mille francs pour un tour, aujourd’hui me donne seulement deux milles. Il y en a mêmes ceux qui s’endettent ! »

Certaines commerçantes transfrontalières ont choisi de se livrer au commerce illégal entre Goma et la ville de Rubavu. « Même si les frontières sont fermées nous essayons de contourner les gardes de sécurité. En effet, la constitution naturelle de la frontière avec Goma nous a permis de nous faufiler à Goma à l’insu des forces de sécurité. Cependant, la situation s’est aggravée lorsque les forces de sécurité ont agi comme un mur entre la RDC et le Rwanda », révèlent anonymement, Nyiraneza et Thérèse, anciennes commerçantes transfrontalières, résidentes de la ville de Rubavu.

Un mal de se prostituer au vu des enfants

Certaines femmes chômeuses qui se sont livrées à la prostitution suite à la survenue du covid-19 et celles qui avaient des occasions de le faire loin de leurs domiciles ont du mal à faire cette infamie aux yeux de leurs enfants. Uwimana Rose ci-haut récitée,  dit : « Au moins quand l’école était ouverte, l’enfant était dans l’internat de l’école, ce qui rendait la mère travaillant au bar ou la femme prostituée moins inquiète car elle était tout seule et n’était préoccupée que par la quête du minerval. Pour le moment, les enfants sont tous à la maison, sans travail. Cela la dévalorisait devant l’enfant qui la voyait parfois amener des hommes dans la chambre de la même pièce où elles habitaient. « Vous sentez l’état de l’esprit de l’enfant lorsqu’elle voit des va et vient des hommes dans la pièce dans laquelle nous vivons ! N’est-ce pas ce qu’ils vont faire demain ? ».

Quant à Jeanne Kankuyo, prostituée de la ville de Rubavu, elle a choisi de laisser son enfant à sa camarade pour aller à la recherche d’hommes dans les rues après des heures tardives.

Hormis cela, elles risquent de subir d’autres conséquences connexes comme des grossesses non souhaitées comme il est arrivé à Uwase Marie Rose. Elle travaillait dans un bar à Remera, Kigali. Elle se trouve actuellement chez ses parents sur la colline de Kajwi, dans le secteur de Nemba, dans le district de Gakenke. Elle a raconté ce qui lui est arrivé en ces termes : « J’ai d’abord vécu avec mon patron lors du premier confinement, mais lorsque la situation s’est détendue un peu, le patron s’est débarrassé de moi. J’étais déjà tombée enceinte et pour le moment, j’erre ici et là dans le centre de Gakenke ».

Opter pour d’autres affaires

Certaines de ces femmes chômeuses ont choisi de changer d’emploi. Parmi elles,  Jeanne Uwitonze qui avait un bar à Muhima dans Nyarugenge. Elle raconte : «  Apres que mon bar a fermé, j’ai commencé une autre affaire. D’une partie de ce bar, j’ai créé une autre porte et commencé le commerce de chaussures. Bien que j’y aie pensé un peu tardivement parce qu’on espérait que la pandémie allait disparaitre sous peu, ça m’aide quand même en attendant que les bars ne soient autorisés à rouvrir  publiquement leurs portes». Elle regrette de n’avoir pas directement réagi ainsi.

Tenant compte de la situation dans laquelle se retrouvent ces femmes après la survenue du covid-19, Francine Mukakalisa, vice-présidente du Conseil national des femmes, donne un espoir: « Plusieurs catégories de femmes ont été touchées par les conséquences liées à la pandémie du covid-19. Nous avons un projet pour aider les femmes au commerce transfrontalier à Rubavu et Rusizi, qui seraient financées, mais dans des coopératives», dit-elle. Cependant, il est conseillé aux autres femmes qui ont des problèmes similaires de se mettre ensemble, en combinant leurs capacités limitées à leur guise. Ces femmes sont éparpillées partout dans le pays.

Selon la Fédération Rwandaise du Secteur privé (PSF), sa chambre spéciale des femmes entrepreneurs n’a ménagé aucun effort. Théoneste Ntigengerwa, porte-parole de la PSF de dire : « beaucoup a été fait pour aider ces femmes dans le secteur informel au Rwanda pendant la crise du Covid-19. Seuls les officiels de cette chambre savent combien ils peinent pour cela ». Malheureusement, les deux femmes , dont l’une assiste l’autre, n’ont pas voulu nous confier aucune information détaillée.

Telesphore KABERUKA

 

 

 

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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