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JENOSIDE 1994 : Les entretiens Huchon-Rwabalinda débouchent à la visite de Bernard Kouchner

Bernard Kouchner est venu à Kigali du 12 au 16 mai pour une mission « humanitaire ». il s’est rendu à Gitarama où il rencontre le Premier ministre, Jean Kambanda, et le président Sindikubwabo le 15 mai 1994.

Kouchner tentait de faire évacuer des orphelins par la MINUAR vers la France. Les négociations échouent le 16 mai en raison de l’opposition de miliciens Interahamwe. Kouchner s’apprête à quitter Kigali dès qu’un avion pourra l’évacuer. Les orphelins en question étaient en danger de mort. 

Le rapport Rwabilinda confirme que la coopération militaire entre la France et le Rwanda n’a pas cessé, malgré le départ des troupes françaises et la fermeture de l’ambassade. Le général Huchon en apparaît comme l’organisateur.

La France prépare des actions de secours en faveur des FAR et du GIR. Huchon propose des actions vis-à-vis des médias qu’il faut tenter:

1) fournir toutes les preuves prouvant la légitimité de la guerre que mène le Rwanda;

2) montrer que les responsables militaires et politiques du Rwanda ne peuvent être accusés des massacres commis au Rwanda.

« Placer le contexte de cette guerre dans le temps : la guerre sera longue »

Dans les détails de l’aide française au gouvernement génocidaire présentés par le général Jean-Pierre Huchon. Selon lui, il ne fallait sous-estimer l’adversaire (le FPR) qui mais plutôt tenir compte de ses alliés puissants. Il conseillait de « Placer le contexte de cette guerre dans le temps. La guerre sera longue. »

Selon  la CNLG (Commission Nationale de Lutte contre le Génocide), la France était prête à poursuivre son soutien aux FAR, malgré le massacre des Tutsi par le Gouvernement de Theodore Sindikubwabo et son armée.

La piste de KAMEMBE a été retenue convenable aux opérations à condition de boucher les trous éventuels et d’écarter les espions qui circulent aux alentours de cet aéroport. Ceci pour faciliter les opérations d’atterrissage peuvent se faire en toute sécurité, dans une zone sous contrôle des FAR.

Selon le lieutenant-colonel Rwabalinda, la « Maison (mission) Militaire de coopération prépare les opérations de secours à mener en notre faveur ».

Il est donc clairement question de donner des moyens militaires à ceux qui sont en train de commettre le génocide. Et il est précisé : « placer le contexte de cette guerre dans le temps : la guerre sera longue ».

Ceci signifie que la France reprendra l’instruction et l’armement des génocidaires. Selon la France, la guerre qui « sera longue » ne s’achève pas avec une guerre faite pour continuer.

Dans ce sens, un téléphone a été offert aux génocidaires : « Le téléphone sécurisé permettant au Général Bizimungu et au Général Huchon de converser sans être écouté (cryptophonie) par une tierce personne a été acheminé sur Kigali. Dix-sept petits postes à 7 fréquences chacun ont été également envoyés pour faciliter les communications entre les Unités de la ville de Kigali. »

Il faut aussi rappeler que quatre jours avant cette rencontre Huchon-Rwabalinda, 435 000 francs ont été prélevés sur le compte de la Banque de France au profit de la Banque Nationale du Rwanda, pour un règlement à Alcatel, pour des équipements téléphoniques Alcatel vendus au Rwanda à cette date.

Il été aussi discuté les besoins d’armement : «Les priorités suivantes ont été abordées : [… ] Besoins urgents : – Munitions pour la Bie [batterie] 105mm (2.000 coups au moins). Compléter les munitions pour les armes individuelles au besoin en passant indirectement par les pays voisins amis du Rwanda. – Habillement – Matériel de transmission. »

Au clair, il existe un lien intensif, pendant le génocide commis contre les Tutsi, entre le général Huchon et l’armée qui massacrait les Tutsi.

Lors de ses entretiens avec le colonel Rwabalinda, le général Huchon a insisté sur les actions immédiates et à moyen terme, attendues de la France.

Le colonel Rwabalinda a confirmé : « Le général Huchon m’a clairement fait comprendre que les militaires français ont les mains et les pieds liés pour faire une intervention quelconque en notre faveur à cause de l’opinion des médias que seul le FPR semble piloter. Si rien n’est fait pour retourner l’image du pays à l’extérieur, les responsables militaires et politiques du Rwanda seront tenus responsables des massacres commis au Rwanda. Il est revenu sur ce point plusieurs fois. Le gouvernement Français, a-t-il conclu, n’acceptera pas d’être accusé de soutenir les gens que l’opinion internationale condamne et qui ne se défendent pas. Le combat des médias constitue une urgence. Il conditionne d’autres opérations ultérieures »

Selon le colonel Rwabalinda, le général Huchon a donc insisté sur la question de « la légitimité de la guerre que mène le Rwanda, de façon à retourner l’opinion international en faveur du Rwanda, et pouvoir reprendre la coopération bilatérale » officielle.

Le gouvernement génocidaire a continué à recevoir le soutien militaire de la France, par la complicité des militaires français, et par la décision des autorités françaises, à la tête le président Mitterrand.

Dr BIZIMANA Jean Damascène

Secrétaire Exécutif de la CNLG

 

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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