Accueil / Accountability / Des crises qui mettent en péril l’avenir du journalisme

Des crises qui mettent en péril l’avenir du journalisme

Reporters sans frontières (RSF) démontre que la décennie à venir sera décisive pour l’avenir du journalisme. La pandémie de Covid-19 met en lumière et amplifie les crises multiples qui menacent la liberté de la presse:  crise géopolitique, technologique, démocratique, économique et crise de confiance.

Lors de la publication de l’édition 2020 du Classement mondial de la liberté de la presse, le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire exhorte la bienveillance des personnes de dignité sauver la presse de cette décennie funeste.

….Pour que cette décennie décisive ne soit pas une décennie funeste, les humains de bonne volonté, quels qu’ils soient, doivent se mobiliser pour que les journalistes puissent exercer cette fonction essentielle d’être les tiers de confiance des sociétés, ce qui suppose d’avoir les capacités pour le faire.” dénonce Christophe Deloire.

À ces cinq types de crises, dont la méthodologie du Classement permet d’évaluer les effets, s’ajoute désormais une crise sanitaire : “L’épidémie de coronavirus fournit une illustration des facteurs négatifs pour le droit à l’information fiable, et elle est même un facteur multiplicateur.

 

Des crises qui mettent en péril l’avenir du journalisme

 1.Crise géopolitique

L’une des crises les plus saillantes est la crise géopolitique alimentée par les dirigeants et les régimes dictatoriaux, autoritaires ou populistes, qui déploient leurs efforts pour réprimer l’information et imposer leur vision d’un monde sans pluralisme ni journalisme indépendant.

Les régimes autoritaires maintiennent leurs mauvaises positions. La Chine, qui tente d’imposer un “nouvel ordre mondial de l’information”, maintient son modèle d’hyper-contrôle de l’information : la crise sanitaire du coronavirus démontre les effets négatifs sur l’ensemble du monde. Après la Chine, l’Arabie saoudite (170e, + 2) et l’Égypte (166e, – 3) sont les plus grandes prisons au monde pour les journalistes. De son côté, la Russie (149e) emploie des moyens de plus en plus élaborés pour contrôler l’information en ligne, tandis que l’Inde (142e, – 2) a imposé au Cachemire le plus long couvre-feu électronique de l’histoire. En Égypte, la diffusion de “fausses nouvelles” justifie le blocage de pages et de sites internet, mais aussi le retrait d’accréditations.

2.Crise technologique

L’absence de régulations appropriées à l’ère de la numérisation et de la globalisation de la communication a créé un véritable chaos informationnel. Propagande, publicité, rumeurs et journalisme se trouvent en concurrence directe.

Cette confusion grandissante entre les contenus commerciaux, politiques et éditoriaux déséquilibre les garanties démocratiques pour la liberté d’opinion et d’expression. Ce contexte favorise l’adoption de lois dangereuses qui, sous couvert de limiter la diffusion de fausses nouvelles, permettent une répression accrue d’un journalisme indépendant et critique.

À l’instar de Singapour, le Bénin a mis en place une nouvelle loi censée lutter contre la désinformation et la cybercriminalité mais susceptible d’être utilisée pour restreindre abusivement la liberté d’information.

La pandémie a amplifié la propagation des rumeurs et des fausses informations aussi vite que le virus.

3.Crise démocratique

La crise constatée dans les deux dernières éditions du Classement mondial de la liberté de la presse, générée par l’hostilité, voire la haine à l’encontre des journalistes, n’a fait que s’amplifier. Ce qui entraîne des passages à l’acte plus graves et plus fréquents, et, de ce fait, un niveau de peur inédit dans certains pays.

Des responsables politiques de premier plan ou leur entourage continuent d’encourager ouvertement la haine contre les journalistes.

Deux chefs d’État démocratiquement élus, Donald Trump aux États-Unis (45e, + 3) et Jair Bolsonaro au Brésil (107e, – 2), continuent de dénigrer la presse et d’encourager la haine des journalistes dans leur pays respectif.  Le “cabinet de la haine” qui entoure le président brésilien publie à grande échelle des attaques contre des journalistes qui font des révélations sur la politique gouvernementale. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, Jair Bolsonaro redouble même ses attaques contre les médias, qu’il considère responsables d’une “hystérie” destinée à générer la panique dans le pays.

4.Crise de confiance

La défiance envers les médias soupçonnés de diffuser une information contaminée par des informations non fiables continue de s’accentuer : 57 % des personnes interrogées lors de la dernière enquête mondiale du Trust Barometer Edelman, qui examine le niveau de confiance des populations envers les institutions, estiment que leur média de référence peut diffuser de fausses informations.

Affaiblis par cette crise de confiance, les journalistes deviennent des cibles privilégiées de la colère des citoyens lors des grandes manifestations qui se sont multipliées un peu partout dans le monde, comme en Irak ou  au Liban.

Autre phénomène de plus en plus visible, des groupes nationalistes ou des militants d’extrême droite s’en prennent ouvertement aux journalistes, tandis que les talibans en Afghanistan (122e, – 1) ou certains fondamentalistes bouddhistes en Birmanie (139e, – 1) n’hésitent pas  à imposer violemment leur vision du monde aux médias.

5.Crise économique
Dans de nombreux pays, la mutation numérique laisse le secteur des médias exsangue. La baisse des ventes, l’effondrement des recettes publicitaires, et à l’augmentation des coûts de fabrication et de distribution liée notamment au prix croissant des matières premières, ont conduit les rédactions à multiplier les plans sociaux : la presse américaine a ainsi perdu la moitié de ses emplois ces dix dernières années. Cela n’est pas sans conséquences sociales ni impact sur la liberté éditoriale des médias sur les différents continents.

Des journaux dont la situation économique est affaiblie ont naturellement des capacités moindres de résistance aux pressions.

La crise économique a par ailleurs accentué les phénomènes de concentration, et plus encore les conflits d’intérêts, qui menacent le pluralisme et l’indépendance des journalistes.

La logique commerciale à laquelle sont désormais contraints les organes d’information favorise la polarisation et une recherche du sensationnalisme, ce qui contribue à décrédibiliser un peu plus les médias et à accentuer la crise de confiance du public.

 

 

 

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

Vérifiez également

Rwanda: des dizaines de morts après les inondations et glissements de terrains

Au Rwanda, des centaines de familles sont sinistrées à cause des fortes pluies torrentielles, notamment …

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *