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Burundi: Un président «choisi par Dieu» et ceux qui ne sont pas d’accord

Pierre Nkurunziza, Président du Burundi

Quatre ans après le début de la crise burundaise, 300 000 personnes ont fui le pays pour des raisons de sécurité. 116 000 autres sont des personnes déplacées à l’intérieur du pays et près de 1,8 million ont besoin d’une aide humanitaire.

Les droits civils et politiques sont attaqués, tandis que des militants et des leaders de l’opposition ont été assassinés dans des circonstances mystérieuses.

Les médias ont également été réduits au silence, des maisons de presse ont été fermées et des journalistes arrêtés arbitrairement.

En octobre dernier, Christine Kamikazi, Agnès Ndirubusa, Egide Harerimana et Térence Mpozenzi d’Iwacu, l’un des derniers groupes de presse privés au Burundi, ont été arrêtées. Leur collègue Jean Bigirimana, porté disparu en juillet 2016, est toujours introuvable.

Ces troubles ont commencé lorsque le président Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, a annoncé qu’il briguerait un troisième mandat en avril 2015. Cela constituait une violation de la Constitution et de l’accord de paix et de réconciliation d’Arusha, qui limite le nombre de mandats présidentiels à deux,alors que  mais Nkurunziza a fait valoir que son premier mandat ne devrait pas compter car il n’était pas élu directement.

Néanmoins, sa déclaration a suscité de nombreuses protestations. Ceux-ci ont fini par devenir violentes lorsque les forces de sécurité ont libéré une force excessive contre les manifestants. Cette violence s’est intensifiée et s’est poursuivie depuis, obligeant de nombreux civils, hommes politiques, avocats, journalistes et membres de la société civile à s’exiler.

Quatre ans plus tard, l’espace civique burundais est considéré comme «fermé» par CIVICUS Monitor, un outil mondial de suivi et de notation de l’état des libertés civiles.

Cela place le Burundi aux côtés du Sud-Soudan, de la Guinée équatoriale, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte pour ce qui est de respecter ses obligations internationales en matière de droits humains.

Dans le but de rétablir la paix, les organismes locaux, régionaux et internationaux ont travaillé à la recherche de solutions pour mettre fin à la crise, ce que le Burundi a évité à plusieurs reprises.

Dans le même temps, le gouvernement a pris des mesures extrêmes pour tenir le monde entier au courant de la situation dans le pays.

En 2016, il a rejeté les propositions des Nations Unies (ONU) et de l’Union africaine d’envoyer des forces de maintien de la paix pour aider à rétablir le calme.

En 2017, il a quitté la Cour pénale internationale. Ensuite, en 2018, il a fermé les bureaux locaux du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies.

Le Burundi continue de refuser de coopérer avec les organismes intergouvernementaux et les organes de surveillance des droits de l’homme.

Guide suprême éternel?

Le président Nkurunziza, un ministre ordonné connu pour sa ferveur religieuse, a par le passé déclaré qu’il avait été choisi par Dieu pour diriger le Burundi.

En mars 2018, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, lui a même décerné le titre de «guide suprême éternel».

Aujourd’hui, Nkurunziza continue de prêcher l’Évangile et de laver les pieds des pauvres tout en resserrant le contrôle et en utilisant tous les moyens nécessaires pour prolonger son mandat au pouvoir en tant que chef divin du Burundi.

Dans un rapport de l’ONU publié en septembre, des enquêteurs des droits de l’homme ont exprimé leur crainte que le gouvernement de Nkurunziza et ses partisans ne recourent à la violence et aux attaques contre l’opposition politique avant les élections générales prévues pour le 20 mai 2020. Ils ont mis en garde contre «un climat général d’impunité».

Pour atténuer la violence et assurer des élections pacifiques, libres et équitables, l’ONU a identifié huit facteurs de risque auxquels le gouvernement doit s’attaquer de toute urgence. Celles-ci incluent la culture de l’impunité, la faiblesse des structures de l’État (justice), l’absence d’une société civile organisée forte et de médias indépendants, ainsi que la politique personnalisée.

Ce sont les composantes dévastatrices qui pourraient permettre à la situation de dégénérer en une crise généralisée. Le rapport contient en outre des recommandations concrètes telles que la révision des lois électorales.

Bien que le président Nkurunziza ait déclaré qu’il ne se présenterait pas aux prochaines élections, la situation reste fragile et incertaine à la suite du référendum constitutionnel de 2018, qui a approuvé des amendements qui pourraient lui permettre de rester au pouvoir jusqu’en 2034.

Un climat de peur et d’intimidation continue de se faire sentir, en particulier chez ceux qui ne manifestent pas leur soutien au parti au pouvoir et à son aile militaire jeunesse connue sous le nom d’Imbonerakure, ainsi que pour ceux qui n’ont pas voté ou voté «non» lors du référendum de 2018.

Alors que les dirigeants du gouvernement continuent de tenter désespérément de s’accrocher au pouvoir, de plus en plus de gens n’osent pas mettre en doute l’autorité, exprimer leur dissidence, ni s’engager dans une forme quelconque d’activisme ou de mobilisation citoyenne pacifique.

Malgré la pression croissante, toutefois, certains Burundais continuent de reculer. Les citoyens à l’intérieur et à l’extérieur du comté restent résolus et mobilisent leurs efforts pour faire pression sur le gouvernement.

En particulier, des journalistes exilés se sont regroupés pour combler le vide et attirer l’attention sur les nouveaux cas d’assassinats, de tortures, de détentions arbitraires et de disparitions forcées. Des plateformes telles que Radio Inzamba et Humura Burundi – deux stations de radio en ligne et indépendantes exilées distribuant des émissions à leurs voisins via WhatsApp et Facebook – continuent de défier les pronostics et de rapporter avec audace les violations des droits de l’homme commises par le régime de Nkurunziza.

Pour d’autres, comme les voisins et les alliés du Burundi, la situation exige plus que des déclarations politiques.

Si le pays veut organiser des élections crédibles et éviter que la souffrance ne s’aggrave encore, le Burundi aura besoin d’approches délibérées, globales et centrées sur la population pour résoudre sa crise.

African Arguments

Traduit de l’anglais par Renaissance Actu

Sur Jean Louis KAGAHE

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