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« En Afrique, les paysans qui pratiquent l’agro écologie résistent mieux au changement climatique »

L’agroécologie peut contribuer à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030

Coordonnatrice régionale de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’agroéconomiste sénégalaise Coumba Sow œuvre à l’amélioration des moyens d’existence de populations dont la sécurité alimentaire et nutritionnelle est régulièrement menacée, en Afrique de l’Ouest et au Sahel. Son expérience intercontinentale l’a amenée à comprendre à quel point la revalorisation des savoirs et des savoir-faire traditionnels est fondamentale dans la mise en place de solutions pérennes. Outre son apport technique, elle travaille sur la résilience en permettant à des populations vulnérables de « recouvrer l’estime de soi et de restaurer leur dignité ». De victimes, elle veut les transformer en acteurs de leurs solutions, a-t-elle expliqué lors des Ateliers de la pensée, qui se sont tenus à Dakar du 30 octobre au 2 novembre.

Peut-on apporter des bribes de réponses aux effets sur l’Afrique du changement climatique ?

Il faut combiner les interventions pour réagir aux urgences humanitaires, certes, mais également renforcer la résilience des populations vulnérabilisées par les changements climatiques et les conflits – les deux phénomènes se nourrissant parfois l’un l’autre – et créer des conditions du développement. C’est ce que nous promouvons à la FAO. Pour cela, il est important que les problèmes environnementaux et sociaux soient pris en compte dès la conception des politiques publiques, pour permettre aux communautés rurales d’être non seulement consultées mais actrices de ces politiques. Elles ne doivent plus être considérées comme des victimes passives des effets du changement climatique, d’autant plus que ce sont ces communautés qui émettent le moins de gaz à effet de serre !

Vous rappelez qu’à la fin des années 1970, la situation dans le nord-est du Brésil était semblable à celle du Sahel et que le Brésil a réussi à résorber les famines et à faire sortir 40 millions de personnes de la pauvreté. Les solutions brésiliennes pourraient-elles être appliquées au Sahel ?

Plusieurs gouvernements africains, comme le Sénégal avec la bourse de sécurité familiale ou le Niger avec l’initiative 3N [les Nigériens nourrissent les Nigériens], ont adopté des programmes pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition en utilisant l’approche « Faim Zéro » du Brésil. Il s’agit d’adapter une solution qui a marché ailleurs en s’appuyant sur les connaissances endogènes et locales spécifiques à chaque pays. Au Sahel, par exemple, la gestion efficace et durable des ressources en eau est plus que jamais une priorité. La FAO s’est inspirée du Brésil, qui a construit 1,3 million de citernes bénéficiant à plus de 12 millions de personnes, pour mettre en œuvre l’initiative « 1 million de citernes pour le Sahel » afin de faciliter la collecte et le stockage d’eau pluviale. D’ailleurs, depuis le Néolithique, les eaux de pluie sont récupérées via la construction et l’utilisation de citernes.

Il faudrait donc revaloriser ces savoir-faire traditionnels ?

Oui, car la connaissance des phénomènes naturels par les populations leur donne la capacité de prédire les événements saisonniers. Par exemple, les pasteurs sahéliens peuls, transhumants, utilisent leur propre calendrier et distinguent jusqu’à cinq saisons ; ce qui leur permet une meilleure compréhension des risques. Autre exemple : Yacouba Sawadogo, au Burkina Faso, a eu recours dès 1980 à une technique ancestrale, le zaï, qui consiste à utiliser des cordons de pierres pour empêcher le ruissellement des eaux, mais aussi les rigoles que creusent les termites pour récupérer l’eau. Et en procédant ainsi, il a gagné des dizaines de milliers d’hectares sur le désert du Sahara.

Est-ce suffisant ?

Non, bien évidemment. Cela doit être utilisé en complément des savoirs scientifiques. Il est certain que la résilience climatique des systèmes ou des personnes vulnérables ne peut en aucun cas être l’apanage des populations rurales. Il faut combiner différents types de réponses et développer une approche holistique visant un développement économique, environnemental et social.

Le Brésil a également encouragé l’utilisation de semences traditionnelles. Est-ce une solution pour l’Afrique ?

Les cultures traditionnelles sont particulièrement utiles, car elles sont adaptées au climat et survivent aux inondations ou aux sécheresses. Mais l’un des problèmes majeurs de l’agriculture en Afrique, c’est l’absence de système semencier fonctionnel prenant en compte ces semences locales. Récemment en Gambie, la FAO a assisté le gouvernement pour donner accès aux semences locales d’arachide, de niébé, de maïs ou de riz à plus de 10 000 agriculteurs souffrant d’insécurité alimentaire sévère. C’est aussi une manière de soutenir l’économie locale.

Où en est l’approche écologique en Afrique ?

L’Afrique a compris ce que signifie produire mieux et plus sans détruire l’environnement, mais aussi que le développement agricole est l’une des solutions aux défis socio-économiques et de santé publique. Sur le continent, l’agroécologie – qui intègre les savoirs et les savoir-faire traditionnels à la recherche scientifique comme l’agronomie, l’économie et la sociologie – aide à la préservation de la biodiversité et des ressources naturelles. Il ressort de nombreuses études que les petits paysans qui observent les pratiques agroécologiques non seulement résistent mieux, mais encore se préparent mieux au changement climatique en réduisant au maximum les pertes de récoltes entraînées par les sécheresses. Ils améliorent ainsi leurs revenus. Même si le terme d’écologie est relativement récent sur le continent, il ne s’agit en rien d’un phénomène nouveau et expérimental. L’agroécologie a déjà pleinement fait ses preuves : traditionnellement, l’humanité cultive la terre selon les principes écologiques que met en avant l’agroécologie et qui sont profondément ancrés dans de nombreuses pratiques agricoles indigènes.

Le Monde Afrique

Sur Jean Louis KAGAHE

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