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Procès Neretse: Un génocide non circonscrit dans le temps et dans l’espace –Colette Braeckman

Alors que Fabien Neretse, accusé de génocide, comparaît devant un jury de Cour d’Assises au Palais de Justice de Bruxelles, la journaliste du Soir a été invitée à présenter son témoignage au titre de « témoin de contexte ». Selon  Colette Braeckman, “Le génocide et ses conséquences ne peuvent être circonscrits dans le temps et dans l’espace”.

Tel que paru sur le blogue de Braeckaman, dans “Procès Rwanda: les souvenirs d’une journaliste”, la première question posée par la présidente du tribunal a porté sur les voyages effectués au Rwanda depuis le milieu des années 80 jusqu’à la  25ème commémoration du génocide perpetré contre les tutsis.

La journaliste insista sur ses conclusions d’aujourd’hui, à savoir que le génocide et ses conséquences ne peuvent être circonscrits dans le temps et dans l’espace.

Les tueries ont duré cent jours et fait un million de morts, mais les techniques mises en œuvre et en particulier le viol avec extrême violence, comme moyen d’extermination d’un groupe humain, se sont répandues dans la sous région, et en particulier dans l’actuelle RDC.

Le génocide n’a pas seulement bouleversé l’espace rwandais, ses conséquences ont déstabilisé, jusqu’à aujourd’hui, toute l’Afrique centrale.

De plus, les traumatismes qui hypothèquent l’existence des survivants ont été transmis aux générations suivantes : de nos jours encore, des adolescents qui n’étaient pas nés en 1994 sont réveillés par des cauchemars, hantés par des atrocités qu’ils n’ont cependant pas vécues en direct et ce fait rappelle un avertissement qui avait été lancé en 1995 à Kigali par le directeur de l’Institut Yad Vashem, dédié aux victimes de l’Holocauste: les générations à venir seront elles aussi marquées par le génocide, les traumatismes seront, plus que probablement, appelés à se transmettre.

Les questions posées au témoin à propos de la gacaca (justice communautaire, ou réparatrice) ont permis d’expliquer la complexité du vivre ensemble dans le Rwanda d’aujourd’hui, où des survivants du génocide sont obligés de vivre aux côtés des bourreaux de leur famille et, un quart de siècle après les faits, ne cessent de poser la question qui les hante toujours : « où se trouvent les corps des nôtres, dont nous ne pouvons faire le deuil tant qu’ils n’ont pas été retrouvés et inhumés dans la dignité…”

La première impression que laissa le Rwanda, alors qu’il était comparé au Zaïre de Mobutu vers la fin des années 80, était celle d’un pays tout entier tourné vers le développement, d’où la politique était, apparemment, reléguée au second plan.

Une vitrine, où la beauté des paysages et la discipline des habitants n’allaient plus longtemps dissimuler des problèmes soigneusement tus, mais que nul ne pouvait ignorer : pauvreté accablante dans les campagnes, surpopulation, effets dévastateurs d’une dévaluation de 40% du franc rwandais qui allait réduire de moitié un pouvoir d’achat déjà minimal.

La « vitrine rwandaise » tant appréciée par la coopération belge, entre autres, n’allait pas tarder à voler en éclats lorsqu’en octobre 1990 les Tutsis réfugiés en Ouganda qui s’étaient vus maintes fois refuser le retour au pays déclenchèrent la guerre sur la frontière, affrontant l’armée rwandaise rapidement appuyée par des troupes zaïroises et surtout par un détachement de l’armée française, soucieuse de barrer la route à des « rebelles » considérer comme anglophones.

La guerre d’octobre fut l’occasion d’une première découverte : plusieurs milliers de Tutsis et d’opposants politiques furent arrêtés, détenus au stade de Kigali et leur identification n’avait été possible grâce à des listes pré existantes.

Les années suivantes furent celles d’une descente aux enfers : offensive militaire et apparition d’immenses camps de réfugiés venus du Nord entassés aux portes de Kigali, dégradation de la situation économique, apparition de tendances « hutu power » extrémistes au sein des partis politiques existants, achats d’armes et création de milices tandis que les accords de paix d’Arusha, signés en août 93 ouvraient la voie au multipartisme, à la liberté d’expression mais aussi à une presse extrémiste, de plus en plus virulente et haineuse tandis que des armes achetées en grandes quantités étaient progressivement distribuées sur les collines.

Longuement, tout au long du témoignage, il fut question du génocide, de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, de la mort des Casques bleus belges, de l’exode des Hutus vers les pays voisins et plus particulièrement vers le Nord et le Sud Kivu, où les milices se reconstituèrent dans les camps de réfugiés, jusqu’à l’éclatement de la première guerre du Congo, en 1996.

Ainsi tirant la leçon d’un quart de siècles de voyages au pays des Mille collines,  “que le génocide et ses conséquences ne peuvent être circonscrits dans le temps et dans l’espace”.

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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