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Procès Neretse: Les enquêteurs témoignent, ils révèlent le véritable ennemi   

Le cinquième jour du procès de Fabien Neretse à Bruxelles, en Belgique, quatre juges d’instruction et les enquêteurs de ce procès ont témoigné. En répondant aux questions qui leur ont été posées, ils ont expliqué ce que signifiait être l’ennemi du pays.

Avec une pile de papier dans un sac noir, certains pensaient que les juges d’instruction amenaient à manger aux jurés. Après avoir pris leur place, chacun d’eux a pris sa pile de papier et ils se sont relayés pour raconter le travail accompli en menant des enquêtes sur le génocide perpétré contre les Tutsi et d’autres crimes contre l’humanité commis par l’accusé.

Le concept “ennemi” tel que conçu en 1992

Après avoir été entendues, les enquêteurs ont été interrogés à plusieurs reprises, notamment de la part de la défense ainsi que de représentants des parties civiles.

La partie civile a demandé aux enquêteurs s’ils auraient vu les directives mises en place lors de la distribution d’armes à des civils pour leur propre protection.

Le chef des enquêteurs a répondu qu’ls avaient vu des écrits tels que les directives sur la définition de l’ennemi. « Le vrai concept de l’ennemi a été développé en 1992. Il a décrit l’ennemi de cinq manières: le FPR envahisseur du pays, ses complices à l’intérieur du pays, ses espions infiltrés dans le pays, la diaspora rwandaise  qui lui fournit les combattants et ses supporteurs politiciens ». C’est là qu’il a évoqué les politiciens qui négociaient avec les Inkotanyi et ceux qui les appuyaient dans les accords de paix d’Arusha.

Il a poursuivi en affirmant que pendant que l’armée était sur la ligne de front, la population civile était appelée à veiller à sa propre sécurité pour empêcher toute brèche à l’ennemi. Les enquêteurs ont affirmé avoir découvert que certains avaient profité de ces instructions pour régler d’autres comptes, et se venger des personnes avec lesquelles ils avaient eu des différends. Ils les mettaient expressément dans l’une ou l’autre des catégories prédéterminées de l’ennemi et leur portaient des violences en les traitants d’ennemis du pays.

Maître Flamme, l’avocat de Neretse, leur a demandé pourquoi ils s’étaient rendus chez Neretse Fabien alors que le mandat d’arrêt avait été lancé contre Neretse Emmanuel, un soldat du régime au rang de lieutenant.

« Le mandat d’arrêt a été rempli à l’encontre du lieutenant Emmanuel Neretse, cela a semé la confusion, mais c’était une erreur du procureur de Kigali. Il est vrai que Neretse Emmanuel était un commandant dans l’armée et il vit même ici en Belgique. Il vient aussi de Ruhengeri mais de la commune de Mukingo. C’est une petite erreur qui a été commise lors de la délivrance du mandat d’arrêt, mais le CV est celui de cet agronome, originaire de Mataba, fils de Nsabimana », ont expliqué les enquêteurs.

Ils ont rencontré les deux parties: témoins à charge et témoins à décharge

L’enquête a été menée par quatre juges d’instruction et neuf enquêteurs. Elle s’est déroulée de 2002 à 2015. Dans la ville de Kigali, ils se sont rendus à Nyamirambo, ancienne résidence de Neretse, sous le prétendu “tapis rouge”. Ils y ont rencontré des témoins accusant Neretse d’avoir participé à l’assassinat de ces voisins, y compris des familles les plus mentionnées dans ce procès. Il s’agit notamment des familles d’Evariste SISI, Gérard Gakwaya, d’Isaie Bucyana, époux de la belge Claire Beckers, dont la famille a porté plainte devant les tribunaux belges.

Les enquêteurs sont également arrivés à Mataba, district de Gakenke, lieu de naissance de Neretse. C’est un endroit difficile à atteindre en haute montagne. Par des photos, ils ont montré au public où se trouvait Mataba. Ils ont montré les maisons de Neretse, y compris une grande enceinte comprenant sa résidence et celle de sa mère et de l’école ACEDI Mataba. Des témoins ont déclaré qu’une partie de la milice Interahamwe prenait de la nourriture dans cette école et que certains dormaient là-bas. Les enquêteurs ont également montré un arbre entre l’ACEDI Mataba et une église (photo prise en 2009). C’était sur cet arbre, abattu et rallongé que les défenseurs de l’école s’entraînaient à viser. Ils ont également parlé à des témoins qui ont accusé Neretse d’avoir participé à l’assassinat de Joseph Mpendwanzi, Anastase Nzamwita et quelques autres.

Les enquêteurs ont également interrogé les témoins à décharge. Ceux de Mataba ont témoigné que Neretse était une bonne personne, humble, sociale, de sorte qu’ils le considéraient comme leur seigneur. Parmi leurs souvenirs de Neretse, ils ont dit qu’ils n’oublieraient pas qu’il leur avait apporté de l’électricité, construit une école, donné du travail et que leur récolte avait été achetée par son école, leurs maisons avaient été louées grâce à cette école. Certains de ces témoins ont déclaré aux enquêteurs que Neretse avait tout mis en œuvre pour défendre les Tutsis des tueurs, d’autant plus que les six familles de Tutsis qui vivaient là-bas avaient été décimées avant l’arrivée de Neretse.

Jean Baptiste Karegeya à Bruxelles, Belgique

PAXPRESS / RCN

 

 

 

 

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