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Affaire Neretse: “c’est important d’honorer la mémoire des victimes”, Martine Beckers

A la sixième journée du procès du Rwandais Fabien Neretse jugé à Bruxelles pour “crime de génocide”, les victimes se sentent épanuis pendant leurs témoignages.

Au palais de justice de Bruxelles, la salle d’audience est encore pleine comme elle en était à l’ouverture de ce procès, jeudi 7 novembre 2019.

Sur le banc des parties civiles quelques proches de victimes sont appelés à témoigner. Parmi eux : Martine Beckers, une Belge de 70 ans dont la grande soeur Claire, a été assassinée avec son mari Isaie Bucyana, un Tutsi, et leur fille de 20 ans, le 9 avril 1994 à Kigali. Pour elle, un quart de siècle après les faits, ce procès est “la fin d’un long combat”.

Fabien Neretsé était un de leurs voisins a Kigali. Selon l’accusation, il a fait intervenir des hommes armés pour les empêcher de se mettre à l’abri. Au total, onze voisins ont été tués ce jour-là.

Dès l’été 1994, Martine Beckers dépose plainte auprès de la police fédérale belge. Avec l’aide de témoins rwandais et de militants des droits de l’homme, elle est parvenue à remonter le fil des responsabilités.

Je ressens un épuisement mais je pense à ma famille, c’est important d’honorer la mémoire des victimes”, dit Martine Beckers, soeur de Claire Beckers

Après une quinzaine d’année d’instruction, ce procès “doit beaucoup à son acharnement”, assure son avocat, Me Eric Gillet.

D’autres témoins entendus aujourd’hui, comprenent deux fratries: madame Godelive Mpandwanzi et son frère Jacques Rwigenza, ainsi que  Régine Mbategure et son frère Emmanuel Nkaka.

Les Mpendwanzi viennent de Joseph Mpendwanzi de Mataba, assistant médical de carrière, mais ancien ami du colonel Alexis Kanyarengwe. Mpendwanzi le Hutu, fut tué le 19 juin 1994, après 40 jours en cachette de l’autre coté de la Nyabarongo. Le gouvernement rwandais de l’époque le prenait comme recruteur du FPR Inkotanyi(aujourd’hui au pouvoir), mouvement rebelle alors presidé par son ancien ami Kanyarengwe.

Mbategure et Nkaka, sont niece et neveu de feu Isaie Bucyana, cet Ingénieur civil belgo-rwandais, époux de Claire Beckers et beau frère à Martine.

Un “seigneur local”

D’après l’accusation, Fabien Neretsé était considéré comme “un seigneur local” dans sa région. Cet ingénieur agronome a fondé une école ACEDI Mataba dans son nord natal, il a aussi dirigé entre 1989 et 1992 l’OCIR-Café. Et en tant que figure du MRND, le parti fondé par le président Juvénal Habyarimana (dont l’assassinat le 6 avril 1994 a déclenché le génocide des Tutsis au Rwanda), il est soupçonné d’avoir animé des réunions appelant à s’en prendre aux Tutsis; à la fois dans le nord et à Kigali.

Mais selon Mr Neretse, il n’a été qu'”un membre non actif” de l’ex-parti unique, et  n’est “plus allé à aucun meeting” après avoir été écarté en février 1992 de la direction de l’OCIR-Café. Il raconte aussi qu’il a été démis de ses fonctions de manière brutale au moment de l’émergence du multipartisme. “Je ne pouvais pas entrer dans une milice d’un parti qui m’avait écarté, ce n’est pas possible”, a-t-il lancé à la cour.

Il s’agit du cinquième procès en Belgique lié au génocide des Tutsis au Rwanda depuis 2001. Mais chose inédite, c’est la première fois qu’une personne doit répondre de “crime de génocide”.  Dans le box des accusés : Fabien Neretsé. Cet ancien haut fonctionnaire qui a été interpellé il y a huit ans en France, où il vivait depuis une dizaine d’années en Charente, comparait libre depuis le 7 novembre devant la cour d’assises de Bruxelles.

Son procès doit durer six semaines. Il  s’est ouvert en présence de proches de victimes qui attendent depuis 25 ans d’obtenir justice. Fabien Neretse, 71 ans, est accusé par la justice belge d’avoir pris part au génocide dans son pays en 1994, ce qu’il nie catégoriquement. Lui se présente comme l’ami des Tutsis.

Devant la cour d’assises de Bruxelles, l’ancien haut fonctionnaire rwandais a balayé  les témoignages le présentant comme un extrémiste hutu, craint dans son quartier de Kigali.  . Il se dit “innocent”.

Selon l’ONU, le génocide au Rwanda a coûté la vie, entre avril et juillet 1994, à au moins 800.000 personnes. Mais la Comission Nationale de Lutte contre le Génocide au Rwanda (CNLG) rapportent plus d’un million de morts, tous essentiellement de la minorité tutsi, mais aussi les Hutus modérés.

 

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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