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Affaire Neretse : Le génocide, action des personnes et non d’une ethnie

La dernière partie de la déclaration des parties civiles au procès de Neretse en Belgique, met une lumière sur le rôle des personnes ; plus que sur les ethnies ou des  communautés. Certes, les Tutsis rwandais étaient les premiers visés, mais les Hutus et les étrangers comme les Belges n’ont pas été épargnés.

Tel que présenté dans la déclaration préliminaire des parties civiles par Eric Gillet, l’un des sept avocats, il n’y a aucune responsabilité collective des Hutus dans le génocide. Il y a des hommes et des femmes qui l’ont conçu, il y a des hommes et des femmes qui l’ont mis en œuvre, et c’est l’action de ces personnes qui est soumise à la Justice, et non l’action d’une ethnie ou d’une communauté.

Il articule,

« Mesdames et Messieurs du Jury, vous nous avez entendu dire que des Hutus ont également été victimes du génocide. En réalité, parmi les premières victimes du génocide figurent des Hutus, qui étaient convaincus que l’avenir du Rwanda ne passait pas par une solution finale consistant à éliminer une ethnie, mais par un partage entre Hutus et Tutsis ».

Ici, il cite le cas d’Agathe Uwiringiyimana, la première ministre tuée pour avoir eu l’intention de se rendre à la radio, délivrer un message d’apaisement, après le crash de l’avion présidentiel.

On note aussi la mort du Président de la Cour constitutionnelle, Joseph Kavaruganda, l’un de ces Hutus opposés au projet génocidaire, qui devait recevoir la prestation de serment d’un futur Président de la République.

Aussi, ce fut le cas de militants des droits de l’homme hutus qui travaillaient pour la promotion des valeurs humanistes.

Tous ces obstacles éliminés, les 6 et 7 avril 1994, le génocide pouvait réellement commencer.

Ce plan soigneusement construit pour éliminer dans les premières heures voire les premières minutes qui ont suivi l’assassinat du Président toute alternative démocratique à la solution génocidaire désigne les auteurs de cet assassinat et atteste la préparation du génocide.

Le génocide des Tutsis rwandais a aussi connu ses « justes » : ce sont ces Hutus qui ont protégé et sauvé des Tutsis ; ces Hutus qui ont refusé de participer aux tueries, et qui en sont morts.

« Parmi les parties civiles au cours des cinq procès qui auront eu lieu dans cette salle, il y a donc toujours eu des Hutus, pour lesquels nous sommes intervenus et intervenons aujourd’hui, en qualité d’avocats.

Des Belges également ont été tués. Un animateur de la Radio-télévision libre des mille collines, appelé aussi média du génocide, invitait chacun à tuer son belge. Pourquoi ? Parce que les génocidaires considéraient que la Belgique était proche des Tutsis et du FPR.

C’est ainsi que dix casques bleus belges ont été assassinés ; c’est ainsi que des coopérants belges ont été tués dans la région d’origine de l’accusé ; c’est aussi la raison pour laquelle Claire Beckers n’a pas été épargnée. Elle avait deux raisons d’être assassinée : mariée à un tutsi, elle était en outre belge ».

 

« Le génocide façonne encore la société rwandaise »

Nous devons donc vous dire, au moment où se procès commence, que ce génocide dure encore.  Il façonne malheureusement la société rwandaise d’aujourd’hui, et il le fera sans doute pendant plusieurs générations.

Des témoins viendront vous le dire, parce que ces témoins sont pour l’essentiel des rescapés, des femmes et des hommes qui parfois sont les seuls survivants de familles de cinquante ou de cent personnes.

La plupart des témoins que vous verrez défiler ici, ont vécu ce génocide.  Vivre un génocide, cela signifie des choses concrètes.  Cela signifie que l’on a vu ses enfants être sous ses yeux, humiliés, violés, abattus, découpés à la machette ;  cela signifie avoir été laissés pour mort, parfois enterrés dans un charnier, y être demeuré des heures ou des jours et s’en être échappé lorsque le silence était retombé après les derniers râles des mourants et que les tueurs s’en soient allés vers d’autres exploits.  Ce silence insupportable des charniers …

Aujourd’hui, des couples se séparent, des femmes se suicident, les enfants du viol ont vingt-cinq ans, l’âge de se lancer dans la vie.  Aujourd’hui aussi, des écrivains rwandais racontent, des romans, des pièces de théâtre disent la tragédie.  Mais aujourd’hui, des enfants d’alors n’ont pas encore retrouvé la parole.  Ce qu’ils ont vu les a enfermés dans un mutisme qui achève de les détruire ».

 

« Le négationnisme reste encore plus virulent »

 « Mais si ce génocide dure encore, Mesdames et Messieurs, c’est aussi en raison du fait que ses auteurs ne l’admettent pas ; à peu près aucun n’a demandé le pardon des victimes ; le négationnisme monte en puissance avec le temps ; il est plus virulent qu’il y a dix ans ; moment auquel il était plus virulent que dix ans encore auparavant. Comme l’a remarquablement écrit Yves Ternon, la négation du génocide peut être considérée comme une composante du crime ; elle est un instrument du meurtre – avant même qu’il soit commis, ses auteurs se posent déjà la question de savoir comment ils vont le nier et faire disparaître les cadavres, puisque l’objectif du génocide était que l’on ne se souvienne plus que des Tutsis avaient vécu sur les collines, c’était le maître-mot que les autorités lançaient à la population  – ;  et en même temps que d’être un instrument du crime, la négation de celui-ci est une réaction de défense contre une accusation.

On vous dira peut-être – sans doute – que « le génocide des rwandais tutsis a été fabriqué de toutes pièces par la propagande du Front patriotique rwandais – composé de Tutsis – et de ses amis belges et anglo-saxons ».

On vous parlera sans doute aussi de la théorie du double génocide : Si les Hutus ont dû s’en prendre aux Tutsis, c’est parce qu’il y avait un « génocide préexistant à l’encontre de la population hutu », organisé par le FPR ; ou encore : c’est le FPR lui-même qui a été l’instigateur et le déclencheur du génocide des Tutsis, n’hésitant pas à sacrifier la population tutsi pour satisfaire ses rêves de pouvoir. Mieux encore, il infiltrait les milices Interahamwe et incitait au massacre de Tutsis, pour avoir un prétexte pour saisir le pouvoir.  Vous entendrez ces affirmations absurdes, et d’ailleurs contradictoires, prétendument étayées par une littérature aussi abondante que fantasque.

Les parties civiles tenterons autant que possible de rester en dehors de ces débats. Elles sont ici pour obtenir le jugement de l’accusé, et rien d’autre.

On tentera enfin de vous expliquer que la culture rwandaise est fondée sur le mensonge, et qu’il ne faut pas croire les témoins, qui sont éduqués à manipuler leurs interlocuteurs.

Ce procès est attendu par les victimes de Monsieur Neretse depuis 25 ans. Il leur a coûté des années pour retrouver sa trace, sous un nom d’emprunt en France.

Vous jugerez un homme accusé de 13 assassinats précis d’hommes, de femmes et d’enfants, de trois tentatives d’assassinats et d’avoir participé, notamment par ses milices Interahamwe, au meurtre d’un nombre indéterminé de personnes.

 

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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