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Affaire NERETSE: Déclaration préliminaire des parties civiles

Jeudi 7 novembre 2019, dans la Cour d’Assises de l’arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale, le procès du rwandais Fabien Neretse commence. Après la lecture de l’acte d’accusation par le Magistrat Fédéral Arnauld d’OULTREMONT, des parties civiles présentent leur déclaration préliminaire.

Il s’agit de trois personnes, représentées par sept avocats :

Madame Martine Beckers, résidant en Belgique, ayant pour conseils Me Michèle Hirsch, Eric Gillet et Morgan Bonneure ;

Monsieur Jacques Rwigenza et Godelieve Mpendwanzi, résidant en Belgique, ayant pour conseils Me Maryse Alié et Me Agathe De Brouwer ;

Monsieur Udahemuka Eugène, résidant au Rwanda, ayant pour conseils Me André-Martin Karongozi et Me Adil Elmalki.

La voix de Me Michèle Hirsch (ensuite Eric Gillet), exprime l’horreur, calmement dans des vers rythmés.

Elle parle au nom des avocats de victimes du génocide des Tutsis,  hommes et femmes qui ont survécu aux massacres, des rescapés et leurs parents: “Un million de morts en quelques semaines, morts sans sépulture. Des corps jetés à la rivière, entassés pêle-mêle dans des fosses communes, dans des latrines. Impossible d’en citer les noms  de chaque victime, de chaque père, de chaque mère, de chaque sœur de chaque frère, de chaque enfant, de chaque jeune fille torturée, violée;  de chaque famille dont les liens ont été brisés et de ces familles entières qui n’existent plus”.

Le pouvoir de la parole, réactiver la mémoire

“Il vous sera démontré que l’homme que vous allez juger a participé à la  machine génocidaire. Il vous sera démontré qu’il a un rôle important dans l’organisation et l’exécution des massacres.

L’accusé (Fabien Neretse) est venu en Europe, en France car il pensait y trouver refuge et y jouir de l’impunité, être à l’abri de la justice.

Il a eu tort : le monde s’est rétréci autour des criminels contre l’humanité.

Les victimes, sont parfois sans parole, dans le silence, incapables de dire, parfois sans mémoire.

Personne n’est préparé à survivre. Chaque survivant est seul.

Certains vont avoir la force de parler.

Des hommes et des femmes vont faire un long voyage pour vous rencontrer.

Pour vous parler, pour nommer devant vous ce qui leur est arrivé.

La force de raconter, de vous raconter.

C’est terrible de raconter, car raconter c’est revivre.

C’est réinscrire la souffrance dans son corps, dans son être, dans sa mémoire, c’est vivre encore l’impuissance de n’avoir pas pu empêcher que son enfant soit arraché et tué sous vos yeux, que votre sœur que votre mari que votre père que votre mère soit assassinée.

Parler. C’est réactiver la mémoire, c’est dire qu’on est vivant, là devant vous, alors que tous sont partis et qu’on aurait voulu les suivre.

La mort ne l’a pas voulu.

Ils vivent encore dans la mort des leurs et c’est la mort des leurs qu’ils vivront sous nos yeux ;

Aucun témoin ne devait survivre. C’était le mot d’ordre général.

Les survivants et leur famille sont responsables de la transmission de la mémoire ; pour acquitter leur dette envers les morts.

Pour donner, par la parole, un cercueil aux morts.

Ces hommes et ces femmes vont venir non pas pour accorder le pardon, non pas pour demander vengeance, mais pour demander justice.

Du 7 avril, la Rwanda quadrillé

Dès le 7 avril 1994, premier jour du génocide, les Tutsis et les Hutus opposés au projet génocidaire vont être éliminés méthodiquement, sur base de listes préétablies.

Ils seront tués chez eux avec leur famille.

Le pays va être quadrillé.  Dans les rues, des barrières sont dressées par les Interahamwe.

A chaque barrière des Tutsis, mais aussi des Hutus, hommes, femmes,

enfants, bébés, seront sauvagement assassinés.

Des ordres vont être donnés pour que les femmes tutsis soient violées systématiquement avant d’être tuées.

Des familles entières se réfugieront dans les églises, lieux de prières qui avaient jusqu’alors été préservés. Les Interahamwe entreront dans les églises sur ordres de leurs chefs et c’est là que les plus grands massacres auront lieu.

Revivre l’inommable

Me Michèle Hirsch supplie les member du jury de se préparer, à l’inommable.

“Ni vous, ni la Cour, ni nous, personne ne sortira indemne de ce que nous allons vivre durant ce procès.

Comme nous, vous allez être confrontés à l’indicible, à l’innommable ;

Comme nous, vous allez voir des images insoutenables :

Comme nous, vous allez entendre des récits d’horreur. Vous allez les écouter.

Vous allez parfois vous sentir submergés par la souffrance et être confrontés à la confusion de vos propres sentiments : la colère, la rage, la peur, la tristesse, l’impuissance, le dégoût.

Vous allez souhaiter que cela n’existe pas, que cela n’ait jamais existé, pour ne pas être confrontés à cela.

Vous allez perdre vos repères. Comment est – ce possible ?

Vous allez avoir envie de fermer les yeux pour ne pas voir, de vous boucher les oreilles pour ne pas entendre, pour ne pas ressentir ;

L’humanité est atteinte, fissurée par ce crime contre le statut de l’être humain.

Le génocide va s’inscrire dans notre présent.

L’innommable va entrer dans cette salle.

Vous allez avoir besoin de courage pour entendre et écouter,

Vous allez porter ce poids pendant longtemps. Ce sera lourd et douloureux.

Comment des hommes ont pu décider que d’autres n’avaient pas le droit d’exister et qu’il fallait les éliminer jusqu’au dernier ?

Et il y aura cette question lancinante : Comment est-ce possible ? Comment ont-ils pu faire cela ?

Vous allez devoir pénétrer l’innommable pour juger.

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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