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Belgique : Ouverture du procès Fabien Neretse, accusé de génocide

Au Palais de Justice à Bruxelles, s’ouvre ce Jeudi matin le procès du rwandais Fabien Neretse, accusé de génocide perpétré contre les Tutsis en 1994. Le parquet fédéral belge qualifie Fabien Neretse de planificateur, mais sa défense le proclame innocent, jusqu’ à conclure de “
l’irrecevabilité de poursuite”.

A 9h30min, heure de Bruxelles, la cloche sonne. Tout le monde se lève, c’est le respect de la cour. Trois juges, les jurés, le parquet, la défense, les parties civiles; sont tous prêts à honorer cette activité qui durera six semaines.

La salle est pleine: noirs et blancs, victimes et familiers de l’accusé, journalistes; du calme total. Neretse en lunettes et chapeau, reste dans la case derrière sa défense.

L’ancien séminariste de Rwesero, puis Ingénieur Agronome; Neretse est né le 21 Octobre 1948 à Mataba (actuellement district Gakenke) au nord du Rwanda. Il  est soupçonné d’avoir aidé à un massacre à Kigali et d’avoir créé, entretenu et financé une milice d’Interahamwe, mais conteste avoir été la tête pensante de ces meurtres.

Installé à Kigali depuis 1976, Fabien Neretse a gardé des attaches, il y a crée une association et une école ACEDI Mataba.

Diplômé de Stuttgart en Allemagne, il a en effet occupé des postes élevés dans la fonction publique depuis la fin des années 1970. D’abord chercheur à l’I.S.A.R (Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda), il devient co-directeur du projet BGM (Bugesera-Gisaka-Migongo), destiné notamment à enseigner des méthodes d’agriculture à la population rurale. Puis il est coordinateur du projet GBK (Gisenyi-Butare-Kigali), destiné à protéger des forêts, reboiser certaines. Mais surtout, entre 1989 et 1992, il exerce la fonction de directeur de l’OCIR-café.

ACEDI-Mataba, son école, constitue le point de départ des accusations qui sont portées à son encontre. Dès février 1993, alors que la tension monte dans le pays, des élèves hutus extrémistes y attaquent des élèves tutsis. Neretse décide alors de recruter une dizaine de jeunes hommes pour renforcer l’équipe des gardiens de l’école. Parmi ces nouvelles recrues figurent d’anciens militaires et d’anciens gendarmes qui initient les autres au maniement des armes.

Sur base de plusieurs témoignages, le procureur affirme que ces jeunes ont ensuite formé, dès avril 1994, une milice Interahamwe dont le camp de base était l’école. Cette milice a perpétré de nombreux massacres de Tutsis et d’opposants Hutus dans le secteur de Mataba, dont le meurtre d’Anastase Nzamwita, en mai 1994, et celui de Joseph Mpendwazi en juin 1994, selon le parquet.

Pourtant, d’autres versions glanées par les enquêteurs belges, qui ont effectué de nombreuses commissions rogatoires au Rwanda, s’imbriquent mal dans ce récit construit. Les avocats de l’accusé, Me Jean Flamme et Me Jean-Pierre Jacques, s’y référeront pour tenter de prouver l’innocence que leur client clame depuis le début.

D’autres témoins donnent une version très différente. Un homme d’origine tutsie indique, par exemple, que les gardiens de l’école les ont protégés, sa mère et lui, et que Neretse a personnellement veillé à leur sécurité. Un autre explique que les Interahamwe de Mataba n’étaient pas basés à l’école et que, par ailleurs, le rôle des jeunes gardiens de cet établissement scolaire était bien de protéger les élèves tutsis, rien d’autre. Un témoin va jusqu’à affirmer qu’il n’y avait aucune milice Interahamwe à Mataba…

La version de l’accusé est plus nuancée. Au cours de sa première audition par la police, Neretse confirme qu’il était membre du MRND, auquel il a adhéré à l’époque du parti unique. Il assure qu’il n’y était que peu impliqué, raison pour laquelle, selon lui, il a perdu son poste de directeur de l’OCIR-café en 1992.

Meurtre des familles voisines à Kigali

L’acte d’accusation ne se réduit pas aux massacres commis à Mataba. Neretse est accusé d’avoir dénoncé plusieurs de ses voisins du quartier de Nyamirambo, à Kigali, où il vivait jusqu’à mi-avril 1994 avec son épouse Bibiane Nimukuze (nièce du Dr Akingeneye, medecin du President Habyarimana) et leurs cinq enfants.

Le 9 avril 1994, deux jours après le début du génocide, les familles du journaliste Joseph Mudatsikira, Isaie Bucyana, Evariste Sissi et Gerard Gakwaya, d’origine tutsie, tentent de quitter leurs domiciles de Nyamirambo pour rejoindre un cantonnement de la MINUAR. Elles se regroupent sur la parcelle de la famille Sissi. Un camion de militaires arrive alors, rapidement suivi d’un second, chargé de miliciens Interahamwe.

Les membres des familles sont conduits à l’arrière de la maison et sont violemment frappés. Les militaires tirent ensuite froidement sur eux. Dix personnes trouvent la mort, dont la Belge Claire Beckers, son mari Isaïe Bucyana et leur fille Katia. Un onzième individu est abattu en essayant de passer un barrage militaire, quelques centaines de mètres plus loin. Deux adolescents parviendront à ressortir indemnes de la fusillade. Ils seront entendus comme témoins au cours du procès.

Le procureur, ainsi que plusieurs personnes constituées partie civile, dont des membres de la famille Bucyana-Beckers, soutiennent que c’est Fabien Neretsé qui a donné l’alerte aux militaires et aux Interahamwe. Certains témoins impliquent directement ou indirectement l’accusé ; d’autres ne font état que de leurs pressentiments.

Selon l’un d’eux, l’employé de maison de Fabien Neretsé, nommé Emmanuel, serait arrivé sur place avec les Interahamwe. Un autre affirme avoir vu l’accusé observer les préparatifs de départ des victimes et désigner aux militaires la maison des Sissi. Un autre encore raconte que Fabien Neretse était craint dans le quartier et qu’il dirigeait des Interahamwe. Un habitant du quartier estime que seuls deux individus ont pu avertir les militaires : Fabien Neretse, voisin direct des Sisi, ou le major Evariste Nyampame, dont la parcelle donnait sur la façade arrière de la maison des Sisi.

Fabien Neretse nie avoir dénoncé ses voisins, affirmant que les Sissi étaient des amis. Il précise également n’avoir jamais eu à son service un employé prénommé Emmanuel et que sa famille elle-même a été la cible d’attaques à Kigali, fin mars 1994.

Des contradictions dans l’accusation

Les avocats de Neretse soulèvent des contradictions dans l’acte d’accusation:”comment se fait-il que l’ACEDI Mataba était un centre de formation des Interahamwe en meme temps qu’il y avait des élèves et enseignants Tutsi. Alors le loup aurait dormi parmi les agneaux sans les toucher “, dit Me Jean Flamme, ajoutant que Neretse a chassé  à son école, les Hutus qui menaçaient les Tutsis et a engagé plus de sentinelles pour les protéger.

Quant aux meurtres de Nyamirambo, la défense estime que si c’est l’emlpoyé de Neretse qui aurait appellé les militaires, selon Kigali;  ceci ne lui vaudrait pas un crime à lui.

De la mort de Joseph Mpendwanzi, “Neretse n’a fait que le transporter et le présenter au soldats à Kivuruga, la suite lui est inconnu”, Me Jean Flamme.

Ainsi, sa défense arrive aux conclusions dont l’irrecevabilité de poursuite, comme il y a aussi manque d’équitabilité dans le procès (le procureur est payé chaque mois, alors que les avocats de Neretse viennent de passer trois ans sans sou), en plus; la défense ordonne de nouveaux témoins dans ce procès.

A 17h55, l’audience est suspendue, la cour doit délibérer. Rendez-vous demain vendredi matin à 9heures.

Sur Karegeya Jean Baptiste Omar

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