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Afrique: Eliminer les points d’ombre qui entravent  le libre-échange communautaire et continental   

Afrique: Eliminer les points d’ombre qui entravent  le libre-échange communautaire et continental   

Les communautés régionales africaines  se dotent des corridors de transport et de développement. Ceux-ci facilitent le trafic des véhicules sur une infrastructure appropriée et réduisent  le temps que passent les personnes et leurs biens  en cours de voyage. Ils boostent rapidement l’économie africaine supprimant certains défis qui contraignent la bonne marche de l’économie africaine. Mais des efforts pour extraire les barrières non tarifaires qui augmentent le coût des transactions et limitent la circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux entre les pays doivent plus être en vigueur.

L’Afrique ; du nord au sud, de l’est à l’ouest avance dans son développement. Il améliore ses infrastructures surtout routières, développe les corridors de développement pour booster les échanges à son interne comme à son externe. La volonté politique aussi de renforcer les communautés économiques régionales, faciliter les échanges intercommunautaires se fait sentir affichant dans certaines régions des  résultats prometteurs. Mais les volontés affichées doivent se traduire en actions concrètes qui coupent court avec des pratiques devenues normales alors qu’elles nuisent à la philosophie de libre circulation des biens et des services. Lors de l’atelier à Kigali sur la facilitation des échanges organisé par la CEEAC, les représentants de l’UNICONGO (Union Patronale et Interprofessionnelles du Congo qui  représente les entreprises du secteur privé et défend leurs intérêts) et de la CNFE (Comités nationaux de facilitation des échanges)  ont montré comment grâce à l’amélioration des infrastructures routières,  les corridors sont efficaces. « Les transporteurs passent moins de temps sur les routes, ne perdent plus du temps et de fait leurs produits restent en bon état.»

Des entraves sur la route  

S’ils encensent l’aménagement des infrastructures  routières, ils déplorent aussi que dans certaines routes,  au lieu de servir aux camionneurs, leur aménagement a apporté plus de problèmes : «  Le nombre de postes  de contrôle a augmenté et les chauffeurs passent encore plus  de temps.» Les chiffres parlent. L’Unité Opérationnelle de Surveillance des Corridors de la CEEAC montre les résultats de la descente  faite en 2016.Le nombre de contrôles par aller-simple dans le corridor Douala (Cameroun)  Bangui (Centrafrique)  est de 42, contre 76 sur le corridor Douala (Cameroun)- N’Jamena (Tchad)  par Toubere soit 3 contrôles contre 4  par 100 km respectivement sur les deux corridors. Au total il faut au chauffeur  4-7 jours contre 5-8 jours respectivement sur lesdits  corridors. Conséquence; ceci  se répercute sur le temps mis à la  livraison.

Au-delà de l’infrastructure, d’autres fins sont à réaliser. Pour Paul Kagame Président de la République du Rwanda, les infrastructures sont une clé mais leur gestion et utilisation  nécessitent d’autres engagements : « Au Rwanda, pour transporter un containeur de biens de Kigali à Mombasa, il fallait passer 22 jours en cours de route (3 semaines). Mais la collaboration et la compréhension commune entre les pays concernés a enlevé ce défi. Il nous faut maintenant 6 jours pour transporter  le même containeur. Un grand profit. Ce temps n’a pas diminué  parce qu’il n’y avait pas de routes ou de bonnes routes. Mais à cause des barrières non tarifaires sur les routes…Donc l’infrastructure est une chose  mais la volonté politique pour faire bouger les choses en est une autre,» propos tenu dans le Forum économique Mondial à Davos (Suisse). Par barrières non tarifaires, il faut entendre selon l’Organisation mondiale du commerce (OMC) tous «les obstacles mis à l’entrée de marchandise étrangères dans un pays, en dehors des droits de douane».

Un séminaire sur la facilitation des échanges dans la CEEAC a aussi étudié le problème des barrières non tarifaires (Ph. Fulgence)

Ces contrôles souvent  «incontrôlables », commerçants et chauffeurs n’ont pas où les dénoncer se laissant prendre dans les filets. Certaines régions se sont pourtant procurées des solutions. Au sein du COMESA, un système de messagerie courte (SMS) permet de signaler ces barrières dans le bloc économique régional tripartite, pour améliorer le commerce régional. Ainsi les commerçants qui rencontrent des barrières non tarifaires envoient un SMS au numéro central qui relève les messages aux numéros de points focaux identifiés et au système de déclaration en ligne des NTBs.  Selon Souef Kamalidini, directeur général des douanes de l’Union des Comores (membre du COMESA), cite par www.akeza.net le nouvel outil aide en particulier le secteur informel et les petits commerçants qui n’ont pas accès à Internet à signaler ces barrières en temps réel. «Avec ce système, chaque État membre est en mesure d’installer et d’exploiter le système à l’aide d’un« central » au niveau national où les parties prenantes peuvent envoyer des messages sur les obstacles commerciaux sans engager de frais d’itinérance pour envoyer un SMS.»

 «Cette innovation relève les défis auxquels sont confrontés les entreprises commerciales régionales: obstacles non tarifaires entre autres les blocs routiers, les retards dans le traitement des documentations d’exportation / importation et des permis, encore communs dans certains États du COMESA», s’exprime ainsi Alphonse Kwizera, directeur exécutive adjointe de l’Association des fabricants du Rwanda (RAM).

Les barrières non tarifaires favorisent des pratiques anormales, freine la mise en œuvre des politiques commerciales des gouvernements et engendre des pertes des recettes pour les Etats. L’Union africaine  signale qu’à défaut de ces barrières tarifaires et non tarifaires  et  au manque de marchés communs  consistant,  le commerce intrafricain est de 12% alors que ceci étant corrigé ce commerce se boosterait à 52% en 2063.  Pour Alain Bayeni, Directeur Général du Commerce Extérieur au ministère du Commerce, des Approvisionnements et de la Consommation au Congo, le rôle du leadership es prépondérant : « si le leadership de nos pays prend conscience des pertes que cela cause aux pays et s’y investit effectivement ces tracasseries seraient vite supprimées».

Contrôles communs

Madame Marie Thérèse Mfoula, Secrétaire Générale  Adjointe en charge de l’Intégration Physique, Economique et Monétaire à la CEEAC, fait savoir que la Communauté entreprend de mettre en place des postes  de contrôle  juxtaposés au niveau des corridors où les autorités frontalières travailleront ensemble dans les mêmes bâtiments : « Du moins un tel contrôle réduirait le temps que passaient les commerçants des guichets aux autres, parfois remplissant les documents nécessaires et non nécessaires.» Il réduirait aussi  les coûts de transactions et les coûts administratifs disproportionnellement élevés. Mais faut-il voir aux yeux de Babylas BOTON, Journaliste à Africa 24, des pratiques officieuses qui se cacheraient derrières notamment en  rançonnant les commerçants. Ces pratiques sont souvent « bénies par une chaine des autorités avec qui ils travaillent ensemble »,  renchérit Teddy Kaberuka,  économiste rwandais.

Pour Donald Kaberuka, ancien Président de la BAD les restrictions non tarifaires entravent la croissance sur le continent et les pays africains se devaient de parvenir à une croissance plus forte pour supprimer ces barrières. « Ce ne sont plus les tarifs qui sont le principal problème, mais la libre circulation des personnes et la logistique pour un approvisionnement plus efficace des biens et des services » dit-il, sur le site de la BAD, citant des  exemples de certaines régions d’Afrique de l’Est qui luttent contre les barrières non tarifaires  sur le corridor Nord, contribuant ainsi au développement.

Un rapport du Doing Business a indiqué  qu’« en 2012, en moyenne les exportateurs africains prenaient une semaine de plus pour exporter un conteneur standard et payaient 404$ de plus. De même, pour les importateurs, importer en Afrique demande une semaine de plus et coûte jusqu’à 668$ de plus », cela dû à ces contrôles, barrières sans réglementation indique le même rapport.

Eliminer les enjeux politico-sécuritaires

Tous les efforts, quelque soit leur détermination, doivent tenir compte des enjeux politiques et sécuritaires internes et transfrontaliers qui entravent la circulation des biens et des personnes. Les accusations du Burundi contre le Rwanda comme quoi ce dernier finance les groupes terroristes soit disant se regrouper au Rwanda a freiné le commerce burundo-rwandais, qui bénéficiaient surtout aux femmes : Le commerce des fruits, de l’huile des palmes, les ndagara (petits poissons nutritifs) et les produits cosmétiques. La tension diplomatique ougando-rwandaise qui s’accusent mutuellement d’espionnage par le Rwanda et de torture des ressortissants rwandais vivant en Ouganda fait signe de frein du commerce entre deux pays, laquelle crise ne profiterait pas aux commerçants importateurs des habits, des bananes, des nourritures des poules, des pièces de rechanges des véhicules etc.

En République démocratique du Congo, le sabotage des ADF Nalu dans la région de Beni au nord Kivu  ainsi que de plusieurs milices congolais, ougandais et Rwandais opérant au Sud et Nord Kivu menace non seulement le commerce entre ce pays et les voisins mais aussi freine le commerce nationale surtout le commerce utilisant des voies routières. Les commerçants voient leurs biens pillés, camions brûlés voire leur vie à mort.

En Centrafrique voisin les anti-balaka encore récalcitrants à déposer les armes sont un frein au transport des biens venant du Cameroun où certains camions passent des semaines à l’attente du calme pour pouvoir traverser souvent sous la protection des forces de la MINUSCA.

Au moment où les chefs d’Etats se préparent à la mise en exécution de la zone de libre-échange continentale africaine un enjeu majeur reste: normaliser les relations bilatérales entre leurs pays et  sécuriser à l’interne les citoyens pour poser une pierre de fondation où se bâtira ladite zone.

Niyonagize Fulgence/Rwanda

                                    

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